Grâce au jeu de Mamzelle Gwen, je suis partie en République Démocratique du Congo, enfin, culinairement parlant...

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La République Démocratique du Congo est aussi appelée Congo-Kinshasa, Congo-Kin pour les intimes, à ne pas confondre avec sa voisine, la République du Congo, Congo-Brazzaville ou Congo-Brazza.

Au cours de mes recherches, j'ai découvert le bric-à-brac de Malela qui m'a ouvert la porte de la culture culinaire congolaise. Une fois munie de noms de recettes, Google m'a envoyée vers des forums fréquentés par des Congolais et j'ai alors décidé de faire un plat qui me semblait, vu d'ici, emblématique de ce pays : le pondu (prononcez ponedou) avec du fufu (prononcez foufou), le pondu des Kin étant appelé saka-saka chez les Brazza.

Le pondu est à base de feuilles de manioc qui ne pousse évidemment pas dans mon jardin du nord de la France. Mais si je ne peux pas aller en Afrique, l'Afrique peut venir à moi. C'est tout l'avantage d'habiter une région d'immigration, il existe quelques épiceries africaines à Lille. Je n'y avais jamais mis les pieds, ce fut une découverte.

Des boîtes de conserves, des épices, des sachets de poudres dans tous les tons crème, plein de mini-cubes Maggi (moins de 1x1 cm, on les croirait faits pour la dinette), 2 grands congélateurs remplis de poissons entiers, des poissons séchés, des fruits et légumes inconnus, sans étiquette. J'oubliais : un carton de minuscules crevettes séchées et à côté, des chenilles séchées elles aussi (une lectrice attentionnée m'a envoyé une recette pour les cuisiner, je la tiens à votre disposition si vous êtes intéressé).

Dans un autre congélateur, des sachets-congélation avec une purée verte. Serait-ce des feuilles de manioc ? Heureusement Babacar, qui tient l'épicerie, m'a rassurée, j'avais bien le début de mon pondu. Et à 1,50€ les 500g, ce n'est pas la ruine !

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Feuilles de manioc

Pour les aubergines africaines (petites et rondes), j'ai décliné car je n'avais pas envie de goûter 2 ingrédients inconnus dans une même recette. Babacar m'a conseillé de les remplacer par une aubergine violette plutôt qu'une  courgette comme il est souvent donné dans les recettes trouvées sur le net.

Pour l'accompagnement, je voulais du fufu, fait avec de la farine de manioc. Je suis déjà allée trois ou quatre fois dans des restos africains et j'avais le souvenir d'une chose plutôt gluante et élastique. J'ai donc opté pour du fufu-plantain me disant que la banane apporterait un peu de farineux salutaire.

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Farine de manioc à la banane plantain

Allez zou, en cuisine !

Recette du pondu à ma façon

Ingrédients : 500g de feuilles de manioc congelées - 1 aubergine violette (ou 3 africaines) - 1 gros oignon - 1 poireau - piment - 1 bouillon-cube - huile - poisson

Il faut normalement de l'huile de palme, je l'ai remplacée par de l'huile d'arachide. Le poisson peut être frais ou séché, certains utilisent une boîte de chinchards, j'ai pris une boite de pilchards que j'avais en réserve.

Dans une grande casserole, j'ai fait dégeler les feuilles de manioc dans un peu d'eau. Une forte odeur herbacée s'en dégage, entre l'épinard et l'oseille. J'ai ensuite ajouté le poireau, l'aubergine épluchée et l'oignon, tous passées au mixeur, le bouillon-cube, 2 piments entiers, un peu d'huile (sans nul doute pas assez selon les puristes mais comme ce n'était pas de l'huile de palme, je n'étais pas à un sacrilège près). J'ai couvert à peine d'eau et laissé mijoter une petite heure. Avant de servir, j'ai incorporé les pilchards en morceaux et laissé évaporer une bonne partie du jus de cuisson.

Pour le fufu, il "suffit" de suivre le mode d'emploi très simple (verser la poudre dans l'eau bouillante et rajouter du liquide si nécessaire) sauf que je n'ai manifestement pas le coup de main...

Pondu et Fufu
(qui ont bien le mal du pays au vu du résultat...)

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Et voilà ! Pondu et Fufu sont dans une assiette. Et qu'est-ce qu'ils se racontent ? Ils se racontent que la petite Française, eh bien, elle est sacrément nulle en cuisine congolaise.

C'est Fufu qui commence : " Ah la la ! C'est pourtant pas compliqué de cuire de la farine de manioc. J'ai bel air avec tous ces grumeaux qu'elle a laissés ! En plus, elle a mis trop d'eau. Normalement j'aurais dû sortir du bol où elle voulait me mouler comme une colline nacrée, trônant, fier comme Artaban, sur l'assiette verte de pondu. Au lieu de quoi, je me suis écrasé tel une bouse de gnou au milieu de la savane. Quelle déchéance !"

Et Pondu de renchérir : "Eh, te plains pas ! Moi, elle m'a complètement trahi. A-t-on déjà vu du pondu sans huile de palme ? Impossible ! Tout cela pour des histoires de graisses saturées qui seraient néfastes pour les artères, des déforestations sauvages qui tueraient ces pauvres orangs-outangs si mignons. Tu parles ! La santé et l'écologie, voilà bien des préoccupations de petite fille riche. Les guerres qui durent et perdurent au Congo et qui ont déjà causé 5 millions de morts, ça l'empêche pas de manger, la petite Française ! Et quand je pense que certains poundu ont le privilège de cuire avec un crâne de singe fumé, il y en a qui ont de la chance. Enfin, je vais bientôt être vengé : elle a acheté une boîte de sauce-graine sans voir qu'il s'agissait de pulpe de fruits de palmier. Son poulet Moambe sera bien gras, je vous le dis !"

Pour le verdict de la mangeuse : eh bien, pour tout dire, cette recette est très dépaysante. Une odeur d'herbes sauvages qui est restée des heures dans la maison. Un goût herbacé hyper-puissant qui masque totalement la présence des légumes, on sent même à peine le poisson. C'est vraiment un plat qui fait voyager les papilles. Quant au fufu, l'ajout de farine de banane plantain améliore grandement sa consistance. Il ne me reste plus qu'à apprendre à le cuire convenablement...

Et pour les palais moins téméraires, je rajoute une recette faite jadis qui ne tire du Congo que son nom  :

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Les congolais

En conclusion, j'ai découvert une cuisine qui m'est totalement étrangère mais dont je parcourrai encore les recettes, à ma manière maladroite, pour d'autres voyages.

Je dédie ce billet à tous les Congolais qui aimeraient vivre dans un autre Congo, un Congo en paix, où les mines de coltan et autres minerais serviraient à enrichir les habitants et non plus les saigneurs seigneurs de guerre.