Ou quand la cuisine nous venge du funeste Waterloo...

Dans cette suite du billet d'hier, ce Portobello Wellington est donc aussi évoqué dans Le Rouge du Pêché d'Elizabeth Georges : "Ils dégustèrent une tarte aux champignons qu'elle appela "Portobello Wellington"".

D'après mes recherches, la recette d'origine est un boeuf Wellington à base de haché, en fait un vulgaire pain de viande entouré de pâte feuilletée. Pfff, déranger un duc pour si peu... Je ne voudrais pas créer un casus belli mais il me semble, même si je déteste la viande rouge, qu'un filet de boeuf en croûte a tout de même une autre allure dans l'assiette. Ah, les Anglais et la cuisine !

Ceci étant, ils sont bien gentils avec les animaux et ont développé depuis longtemps une cuisine végétarienne nettement plus appétissante, dont cette version végé du Portobello Wellington. Je n'en ai trouvé trace que sur le net anglo-saxon mais, si on connaît le vocabulaire culinaire français, les traducteurs en ligne donnent un résultat plutôt compréhensible. J'ai jeté mon dévolu sur cette recette-là (et traduction) présente d'ailleurs sur plusieurs sites.

Bon, je reconnais qu'en passant les frontières, elle a subi chez moi de sacrées transformations. D'un autre côté, inviter le duc de Wellington dans ma cuisine me semblait pour le moins en contradiction avec la défense de l'identité nationale française, fort importante, d'après ce que j'en ai compris, aux yeux d'un plus petit Napoléon.

Passons enfin aux choses sérieuses : la recette ! Pour les champignons shiitakes, je les ai pris séchés à l'épicerie chinoise. Le portobello est un gros champignon italien, trop cher pour moi donc j'ai gardé mes champignons de Paris bien franchouillards. Comme ils étaient en premier prix, tout petits, je me voyais mal les farcir et les recouvrir d'un timbre-poste de pâte feuilletée. Tant pis, je m'adapte et remplace ces gros chapeaux de Portobello par de banals moules à tartelettes.

Et voilà comment du Portobello Wellington anglais on arrive à la ...

Tarte tatin de champignons de Paris et shitakes

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J'ai commencé par réhydrater les shiitakes 20 mn dans un bol d'eau bouillante. J'ai shunté les poireaux et me suis contentée de faire suer à l'huile échalotes émincées et champignons de Paris grossièrement hachés avec des gousses d'ail écrasées. J'y ai rajouté les shiitakes coupés en petits morceaux qui ont pu ainsi se gorger du jus de leurs cousins parisiens. Une fois toute l'eau de végétation évaporée, une poignée de persil ciselé, du poivre et hop, les champi au fond des moules à tartelettes ! Un couvercle de pâte feuilletée et re-hop, au four préchauffé à 200°C pour un petit quart d'heure.

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Pour les quantités, j'ai pris moitié shiitakes, moitié champignons de Paris en nombre d'individus, trois de chaque pour une tartelette à peu près. Euh, non, à beaucoup près en fait... Bref, faites à votre idée.

Une seule chose est sûre : ces petites tatins sont excellentes ! Le four était bien chaud puisqu'un gratin y cuisait déjà et les champignons ont donc bien doré au fond du moule (ce qu'ils n'auraient pas fait dans le chapeau de portobello, eh, eh!). Bien à l'abri de leur pâte feuilletée, ils ont délicieusement confit. La grande découverte, c'est que les consistances du shiitake et du champignons de Paris ainsi hachés s'accordent agréablement en bouche. Je les passerai encore à la tronçonneuse, les chinois !