Cette exposition se termine le 13 juin 2010, c'est à dire ce week-end. Si vous êtes dans le coin, vous pouvez y aller de mercredi à dimanche, de 12 h à 19 h et surtout n'hésitez pas, c'est gratuit !

La Gare Saint Sauveur, c'est une ancienne gare de marchandise en plein Lille, boulevard Jean-Baptiste Lebas, reconvertie il y a peu en lieu de culture. Bon, attention, ce n'est pas la gare d'Orsay. Les travaux ont été faits au minimum, le sol est en béton d'origine, il reste dans un coin une fosse avec des rails au fond et il y fait noir comme dans un four. Mais justement, l'atmosphère y est particulière, on se croirait un peu dans l'antre de Pluton. On passe d'un puits de lumière à l'autre et chaque oeuvre est ainsi mise en valeur par les ténèbres qui l'entourent. J'aime assez.

Elle accueille donc Traffic Jam, une exposition de l'artiste camerounais (et non camerounaise) Pascale Marthine Tayou. Je n'y connais rien en art contemporain mais il était à la Biennale de Venise l'année dernière, il ne s'agit donc pas de n'importe qui, je pense. Je vous ai fait quelques photos qui rendent malheureusement très mal l'expo. En vrai, c'est tout autre chose. Surtout que les oeuvres sont vraiment très diverses. Bref, même si mes photos sont moches, si vous le pouvez, allez vous rendre compte de vos propres yeux.

Le propos de Pascale Marthine Tayou est de nous interroger sur les rapports commerciaux et, par voie de conséquence, culturels entre l'Occident et l'Afrique. Et ce qui m'a plu est qu'on reste dans le concret, loin de la masturbation intellectuelle à laquelle se résume souvent à mes yeux l'art contemporain.

Quelques exemples, juste pour vous donner une une très vague idée :

Un grand mur couvert d'enseignes venant du Cameroun où on peut reconnaître de ci, de là, des noms d'ici avec, au premier plan, les Poupées Pascales en cristal et autres matériaux, bien piètrement photographiées, hélas :

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Un "Import-Export" des plus particuliers : plus de 300 photos sous verre de déchets gisant à terre là-bas mais venant souvent d'ici :

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Encore une photo moche mais une oeuvre parlante, une énorme falaise d'au moins 7 m de haut (à vue de nez) faite de longues bandes enchevêtrées découpées le long de listings :

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Sur un grand échafaudage, dont vous ne voyez qu'une partie, sont accrochés des sacs plastiques multicolores qui bruissent au souffle des ventilateurs :

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Là, photographiée en deux parties, une immense et gigantesque corne d'abondance tissée de sacs plastique :

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Les couleurs réelles de ces néons sont déformées par le flash. En réalité, ils sont en rouge, jaune et vert, des couleurs plus tranchantes. Raconter en trois néons autant que de longs discours sur les dérives des religions, c'est vraiment fort, je trouve. Et c'est aussi le cas d'autres oeuvres de cette expo qu'il faut vraiment que vous voyiez !

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En fait, quand j'étais jeune, j'estimais que l'Art s'arrêtait après les impressionnistes et que l'art contemporain n'était que de la poudre aux yeux. Maintenant que je suis moins jeune et un peu moins bornée, je pense toujours que certains artistes contemporains sont des fumistes mais d'autres ont ce talent particulier de réussir à exprimer beaucoup avec peu.

L'oeuvre contemporaine qui m'a le plus marquée, c'est au musée municipal de Tourcoing que je l'ai vue, il y a quelques lustres. L'exposition regroupait des centaines d'oeuvres prêtées par des collectionneurs privés. C'était donc fort varié, beaucoup de peintures de toutes époques, des statues, des vidéos et quelques installations. L'une d'elles se trouvait dans une salle assez petite. Sur le parquet, était posé un grand cadre de 10 m sur 3, environ, rempli de ces petits cailloux blancs qu'on voit dans les allées des belles maisons. Et sur ces cailloux, en formant un grand ovale, l'homme invisible marchait.

Oh, mon cerveau savait bien qu'en dessous de la surface se cachait un mécanisme électrique. N'empêche que l'illusion était parfaite. Ces empreintes qui apparaissaient puis disparaissaient, le bruissement des cailloux, tout me fascinait et aujourd'hui encore, rien que de vous en parler, je ressens le même serrement au ventre.

Dans cette oeuvre, c'est l'inanité des actions humaines que je voyais. On brasse de l'air, des cailloux mais les choses ne changent jamais en fin de compte. Et pourtant, même en le sachant, on ne s'arrête pas d'avancer, ce qui fait la grandeur humaine d'ailleurs. Rien ne sert à rien mais l'homme invisible continue de marcher, des gens essaient de faire vivre leurs rêves et moi qui n'en ai pas, je raconte encore et toujours ma vie sur ce blog.

Par contre, l'ami qui m'accompagnait ce jour-là n'y a pas du tout vu la même chose. Pour lui, cet homme invisible tournait en rond comme les aiguilles sur le cadran, symbolisant la fuite inexorable du temps qui nous emmène vers notre fin inéluctable.

J'ai oublié le nom de cet artiste mais son oeuvre m'a vraiment subjuguée. Transformer ainsi un tas de petits cailloux blancs en métaphore de nos angoisses personnelles, c'est tout bonnement génial ! Oui, l'intelligence humaine m'épate parfois...