A l'ère d'internet, les catalogues papier ne sont plus guère d'actualité. Un pauvre esseulé est passé par chez moi et, avant qu'il ne reparte, je l'ai photographié pour vous en transmettre un souvenir :

Catalogue Félix Potin 
15 Novembre 1912

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Ce catalogue Félix Potin commence par des produits classiques du petit déjeuner : chocolat, cacao, thé ou café.

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Après les cafés grillés (on dirait maintenant torréfiés) et verts, de la chicorée et du gland doux, de 1ère qualité !

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Une découverte, le Samakoub (ou Racahout) au salep d'Orient :

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Monsieur Google ne connaît pas le Samakoub, il préfère le Racahout qui s'avère être une préparation pour boisson chez les Arabes et les Turcs. Félix Potin le "recommande tout particulièrement pour la nourriture des enfants, des vieillards, des convalescents et généralement, de tous ceux qui ont besoin d'un aliment à la fois fortifiant, tonique et rafraîchissant".

Quant au Salep d'Orient, il s'agit d'une farine faite à partir d'une orchidée sauvage, enfin son bulbe séché en forme de testicule de renard (saleb, en arabe). De quoi se requinquer, n'est-ce pas ? Si le magasin du coin ne propose pas de salep, je vous ai trouvé une recette de racahout sans cette farine exotique.

Ensuite, Félix Potin nous fait voyager au pays des douceurs, des bonbons au chocolat, bouchées et autres truffettes sans oublier les Bonbons Riches : Bergerettes, Royales Délices, Tournoy, Bacchanales (à la liqueur), Trèfles à 4 Feuilles, Rêveries, etc. Vous avez aussi les pastilles de chocolat, les papillotes, marrons glacés, bonbons fondants, caramels et nougats pour terminer par Le Rajah, caramel mou glacé au chocolat et café.

Et puis, voici le tour des boîtes garnies pour baptêmes, des modèles en carton recouvert de papier que j'ai connus dans ma jeunesse et qui ont dû disparaître dans les années 70 ou 80 au profit des filets de tulle et autres paniers que l'on voit maintenant (euh, pour le peu de baptêmes qui subsistent...) :

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Tiens, Félix Potin pense aussi aux boîtes pour marraines, sans doute plus grandes, et aux boîtes à mouchoirs et à gants. Des bonbonnières aussi, des jardinières en métal argenté et toutes les boîtes, sacs et cornet pour les baptêmes de cloches. Non, pas les gamins un peu demeurés, celles qui sonnent dans-ans nos campagneuhs.

Allez, on passe aux bonbons anglais, suisses et divers : les berlingots de Carpentras, la salade brésilienne (?!), les tortillons, les mascarades, le sucre d'orge de Tours et les Perles des soirées, sans doute du dernier chic en 1912...

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Régalons-nous de pastilles, réglisse et pâtes pectorales (vous préférez le jujube ou le lichen ?), les sucres de pommes et de cerises en bâtons ou cartouches (??),

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Passons aux choses sérieuses et après les sucreries, voici les aliments nourrissants :

Les Pâtes

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Avec les pâtes classiques, aux oeufs ou non, Félix Potin nous propose aussi du tapioca, des perles de l'Inde (mais qu'est-ce donc ???) et du sagou, une fécule extraite du sagoutier et aliment de base des Papous. On voyage chez Félix Potin !

Les bouillons Maggi existaient déjà en 1912 :

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Je vous passe toutes les conserves de légumes et poissons, les fromages, le lait en boîte, les beurres (qui ne s'expédient qu'en grande vitesse), les fruits secs (11 sortes de figues ! Et j'aimerais bien voir ces poires roses glacées), les légumes secs nouveaux, des moutardes et condiments (avec des pickles et sauces anglaises : anchovy sauce, harvey's sauce, reading sauce, walnut catsup ou yorkshire relish), des épices (dont du poivre gris concassé pour la conservation des lainages, des fourrures, etc.), des sels gris, blancs, raffinés, des conserves de truffes, des huiles (comestibles !) et des vinaigres d'Orléans (un peu tombés dans l'oubli, je n'en ai jamais entendu parler).

Viennent ensuite les expéditions de produits frais : jambons (d'York, de Bretagne, de Westphalie ou de Prague), salaisons, saindoux et comestibles anglais (bacon, joues de porc ou langues de boeuf  fumées). Tiens, de la Neutraline, du beurre de coco, sans doute l'ancêtre de la Végétaline de mon enfance.

La charcuterie fine ne s'expédie qu'en grande vitesse (en attendant la très grande vitesse du TGV...) et "à consommer promptement" : des andouillettes, jambons d'York cuits, pieds de Metz, saucisson de Lorraine, de Hollande, d'Arles, de ménage ou de Milan, de la choucroute fraîche ou garnie.

Les viandes se vendent aussi en conserves, même les biftecks, boudins et saucisses. Wouah ! Le corned beef existait déjà en France en 1912 ! Je pensais qu'il avait débarqué un certain mois de juin, deux guerres mondiales plus tard. Félix Potin le traduit par "galantine de boeuf", plus appétissant que le "singe" dont l'affublait mon père. Parmi les conserves de viandes américaines, nous avons aussi du Beef Tongue, Corned Pork (galantine de porc !), Lunch Tongue (langue de porc), Turkey and Tongue (dinde et langue de porc, quel mélange !).

Les bento n'étant pas encore fashion, Félix Potin vend des pâtés pour sandwiches dont  une tentante galantine des touristes pour sandwiches. Le reste est américain : anchovy paste (pâté d'anchois), potted beef (pâté de boeuf), yarmouth bloater (pâté de hareng, beurk !), etc.

Revenons à la cuisine française avec des quenelles au naturel, en sauce (Richelieu ou financière) et des garnitures : crêtes et rognons de coqs.

Fini de manger, on passe directement aux articles d'éclairage. Aucune lampe à économie d'énergie mais des bougies, huiles à brûler, pétrole, alcool, chandelles ou veilleuses (liège, fidèles, reflet, terre, aluminium ou universelles - drôle de liste !)

Avec Félix Potin, on sent bon :

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De beaux savons emballés dans des boîtes en carton que j'ai déjà vues au fond de vieilles armoires. La liste des savons m'enchante, un véritable poème ! Savon des familles, des ménages, peau de rose (celui-là est fait pour moi !), à la pâte de maïs, aux amandes amères, au bouquet, à l'eau de cologne, à l'héliotrope, au musc, à l'opopanax (une plante d'Orient), au patchouli (tiens, les hippies s'annoncent...), au suc de laitue (pour Hulk ?), à la violette, savons des princes russes, de Windsor, savon Miel de Dieu (pour monsieur le curé, sans doute). Puis des savons pour la barbe et des poudres de toilette (poudre dentifrice, de riz, d'amidon ou d'iris).

Des eaux diverses parfumées (eau dentifrice, eau-de-vie de lavande, vinaigre de toilette, lotion au Portugal (?), lotion capillaire...) et surtout des extraits d'odeurs pour mouchoirs. C'est d'un raffinement ! On est dans un autre monde qu'avec le mouchoir en papier au menthol...

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Parfumeries diverses :

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De la pommade, du bain alcalin, de son, de la brillantine, de l'huile antique ou capillaire, lait d'amandes irisé, velouté des lèvres ... je me sens belle. Des boîtes à houppes, des vaporisateurs à poire et des produits de marque : eau de cologne Farine, eau dentifrice de Botot, vinaigre de Bully ou eau de mélisse de Boyer.

Changeons encore de domaine avec la papeterie et ses papiers aux noms poétiques : Royal Island, La Comète, Les Absents, Linon d'autrefois, Pigeons Voyageurs, Frimas, etc. Des cartes de correspondance, des enveloppes pour cartes de visites, la papeterie petit deuil, demi-deuil ou grand deuil, les cahiers et copies pour écoliers, en papier vergé, porte-plume et ses plumes métalliques, crayons et divers (buvard, cire à cacheter, colle, encre, grattoir, les règles et la gomme nigrivorine pour effacer).

Nous arrivons aux accessoires de table : caisses plissées, chalumeaux (les pailles d'aujourd'hui), les cure-dents, des feuilles de vigne (par 12), filtres plissés, papillotes et manches à côtelettes, mousse verte, naturelle ou teintée, des ronds de serviette et serviettes à thé et les menus bien entendu.

Dans ces accessoires, se trouvent des cosaques. Qu'est-ce à dire ? Je ne sais pas mais ils comportent des coiffures fantaisies ou décorées, des costumes pour enfants, des fleurs des champs avec coiffures, des éclairs et biscuits à surprises, des petits fours assortis avec coiffure. De quoi faire la fête sans doute.

Revenons en cuisine avec les articles de ménage divers : attrape-mouches, bouchons, cire à bouteilles, cordes à malles, ficelle de cuisine grise, rose ou blanche, livre de cuisine par Tante Marie à 1 F 35 (1 F 50 relié tranche rouge).

Des planches à couteaux, la fourchette suédoise à découper, casse-noix nickelés.

En coutellerie et accessoires, Félix Potin nous propose des couteaux de cuisine, d'office, à légumes, des couteaux à conserve (?), passe-partout, des fourchettes à huîtres, à escargots, la pince à champagne, les siphons à champagne ou cidre, tire-bouchons et nettoie-couteaux (?).

Au milieu de tous ces accessoires, voici les biscuits pour chiens Spratts par sacs de 50 kilos (pas moins). Moins étonnants, les sacs à raisins et à fruits en papier perforé, la gomme arabique et des graines (alpiste, chènevis, lin et millet).

On passe au chimique avec les antiseptiques et insecticides, l'acide borique, camphre, coton hydrophile, naphtaline et, dans le lot, les serviettes hygiéniques car Tampax n'existait pas : Sécuritas (rouleau perforé, enveloppe rouge, 500 feuilles environ), le bloc papier mousseline blanc par 100 feuilles, le papier mousseline pour boîte automatique et le rouleau perforé (enveloppe jaune ou verte). Je me demande le pouvoir d'absorbtion de ces produits... Et puis les appareils pour W.-C. (bizarres ces points de 1912...) : l'appareil porte-rouleau, évidemment, et des boîtes automatiques en acajou véritable ou façon acajou avec aussi des planchettes acajou à coulisse pour bloc mousseline. Quel en est leur usage ? Mystère.

Après l'hygiène et la beauté, passons aux articles de nettoyage. On commence par Axole, huile pour vélocipède et machines à coudre. Ensuite du brillant, des briques anglaises, l'eau pour le cuivre, des cires et encaustiques, mine de plomb anglaise, paille de fer, pâtes à polir, à fourneaux ou métallique (pour nettoyer les cuivres).

Pour les chaussures, Félix Potin vend des cirages : supérieur, Marcerou, glacé noir, anglais pour harnais ou sans frotter. Du vernis japonais pour chaussures, de la crème pour chaussures, de la graisse spéciale et des pâtes américaines.

Pas de lessive à l'époque mais du savon de marseille, blanc, marbré bleu, anglais, jaune lisse, au bois de panama et puis, du savon noir en pâte et minéral et de la poudre de savon (Saponâtre) pour le lavage du linge et autres objets. Pour les articles de blanchissage et divers, nous avons de l'amidon, du bleu d'outre-mer, du borax, du carbonate de soude (un véritable laboratoire chimique, la buanderie de 1912 !). Tiens, de la lessive tout de même, Phénix ou FP Mousse blanche. L'Eclat, produit pour le glaçage du linge, des cordes à linge aloès, ne pourrissant pas, des pinces à linge F.Potin.

La brosserie occupe près de trois pages. D'abord, la brosserie fine pour toilette et pour appartements, brosse à habits, à chapeaux (dont des goupillons pour ailes de chapeaux), à tête (chevillée en bois des Iles ou en placage palissandre), brosses à dents, à ongles (en crin végétal, en os, en bois ou en buis) et des blaireaux pour la barbe.

Au milieu de toute cette brosserie, voici les articles pour menuisiers, ébénistes, etc. Du vernis au tampon, au pinceau, des colles fortes, du papier verré et silexé (le dico a changé depuis 1912 !) et des couleurs d'aniline pour teindre le bois.

Revenons à la brosserie, la véritable, avec les balais divers pour appartements : balais à semelle, balayeuses mécaniques, balais en chiendent, en coco, fibre Espagne, en piassava (un palmier d'Amérique du sud) ou en sorgho, dits paille de riz. Ensuite, les brosses pour chaussures : polissoires, décrottoires, brosses à deux faces, spatules, bichons et nécessaire spécial pour pensions ou de voyage.

On revient à la maison avec les brosses à fourneaux et à cheminée, la brosserie pour voitures et harnais (passe-partout, polissoires, limande ou brosses chiendent), les brosses à meubles pour appartements (on n'a pas les mêmes meubles en maison ??), à argenterie sans oublier le lave-place qui me laisse sans voix. Vous en avez déjà entendu parler ?

Une brosse qui m'a fait sourire, c'est la Sans Fatigue, une brosse à parquet munie d'un dispositif spécial supprimant l'effort, carrément ! Réalité ou publicité déjà mensongère ?

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On finit le chapitre de la brosserie par les tapis-brosses et la liste des pinceaux : les brosses à virole hermétique, à persiennes, les pinceaux queue-de-morue, les brosses à rechampir et à filets, les brosses dites de pouce et celles pour colle forte. Bien sûr, suivent les peintures : à l'huile ou peinture-émail.

Et pour une maison encore plus propre, les articles divers : cure-casseroles en chiendent ou en fil métallique "très pratique", des balais garde-robe (?), lavettes brevetées en gros fil ou en lacet, des filets à provisions, des torchons moulinés pour laver et essuyer, des goupillons et des ... Wassingues ! Alors là, voilà qui m'a étonnée. La wassingue des ch'tis (prononcez Ouassingue), c'est une serpillière et j'ignorais qu'on pouvait utiliser ce terme ailleurs que dans le Nord ou en Belgique. C'est pourtant bien un catalogue de Félix Potin - Paris.

Les éponges de 1912 sont amusantes : éponges Venise, fines Syrie, gerbis pour cuisine et office, éponges de toilette en caoutchouc (beurk !) de forme russe ou américaine (dommage, pas de dessin) ou indiennes pour chevaux et voitures.

A cette époque, les vautours plongent sur la poussière. En effet les plumeaux sont de vautour, gris pour appartements, blond, fins pour appartements, magasins et voitures. Pour escaliers, boiseries et gros ouvrages, Félix Potin a choisi les plumeaux américains, monture française et, pour le ménage plus fun, les plumeaux de fantaisie pour étagères en autruche.

Après tout ce ménage, désaltérons-nous avec les eaux minérales naturelles de table. Certains noms me sont connus, Badoit, Vittel, Vivhy, Contrexéville, Saint-Yorre, mais le choix est plus vaste : la source lithinée de Martigny, Soultzmatt, Bussang, Eaux-Bonnes, etc. Sans compter les eaux minérales naturelles purgatives...

Quelques boissons rafraîchissantes (bois de réglisse d'Espagne, Coco d'Alsace, Soda Water Schweppe, limonades, etc.), puis on arrive à la cave de Félix Potin sur pages roses :

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Les vins sont vendus en cercles (?) ou en bouteilles, vins français, d'Algérie, de Tunisie (le Clos Potin fait vraiment très tunisien !) ou étrangers. Après les spiritueux (cognacs, rhums, kirschs...), les absinthes, genièvres, whisky, les fruits à l'eau-de-vie (cerises, prunes ou chinois verts), grogs et punch américain, terminons la dégustation par les liqueurs de marques ou de dessert (l'anisette au dessert, bof, je préfère la liqueur hygiénique !)

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Et terminons en beauté avec la quatrième de couverture et les champagnes Félix Potin :

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J'ai bien aimé ce catalogue Félix Potin de 1912 qui m'a offert un joli voyage dans le temps. Son inventaire à la Prévert nous ouvre une porte, je trouve, sur la vie quotidienne des ménagères de l'époque.