Cammie, du blog Cuisine et Bento, organise un jeu concours pour bento :

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Voici donc ma participation :

bento

A vrai dire, au début, je me voyais mal participer sur ce thème. Qui suis-je ? Dans quel état j'erre ? Voilà ce que j'évite justement de me demander de crainte de sombrer dans le nombrilisme torturé. Et puis, en ramassant les feuilles mortes du jardin, mes pensées voletaient et je me suis rendu compte que, ma foi, la nourriture et la cuisine pouvaient se révéler des métaphores plutôt parlantes. Ainsi est né ce bento à mon image.

Pour l'explication de texte (texte comestible !), commençons par le salé :

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Ce bento pourra sembler quelque peu morbide à certains. C'est que, voyez-vous, je ne suis pas scorpion ascendant scorpion pour rien et je n'arrive pas à oublier cette échéance, cette déchéance qui nous attend tous, là-bas, au bout du voyage. Mais penser à la mort n'empêche nullement d'aimer la vie, d'aimer la dévorer au jour le jour. La preuve en bento :

     - Un fond de riz vert gluant. Parce que la vie est trop courte pour manger triste et c'est bien plus gai de découvrir sans cesse des choses inconnues, en cuisine ou ailleurs.

     - Deux tombes de riz japonisant préparé à ma façon. Parce que j'aime à transgresser les recettes, ne pas faire toujours comme il faut. Ce riz est parfumé de furikake-maison car apprendre à se débrouiller avec ce que l'on a permet d'éviter les regrets, ces "Ah, si j'avais ceci, si j'avais cela...".

     - de la panna cotta salée aux épices (carvi, muscade, muscade) parce que la vie gagne à être épicée. Une tête de mort et un os pour ne pas oublier la fin et un petit ours parce que c'est bon, un peu de douceur dans ce monde de brutes. Et puis, ai-je vraiment quitté l'enfance ? Je me le demande, moi qui aime tant m'amuser  en cuisine.

     - Des lamelles de carotte cuite enroulées pour le contraste des couleurs et parce que la ligne courbe est le plus beau chemin entre deux points.

Passons au dessert :

bento-2

     - à gauche, du flan sucré de pomme de terre dont la recette est tirée d'un vieux grimoire :

cours-de-cuisine   page-titre   recette-flan-pdt

Alors que mon propre passé ne m'intéresse guère, j'aime faire revivre ainsi ces souvenirs d'antan, ces témoignages de vies passées. J'adore les vieux livres, les vieux objets dénichés sur les brocantes ou au fond d'un grenier ! Et puis, mon esprit de contradiction aime aussi utiliser un légume dans une recette sucrée. Pour tromper l'ennemi, comme disait mon père...

     - à droite, dans une coupelle, Papa Ours, Maman Ourse et tous leurs petits oursons découpés à l'emporte-pièce dans des tranches de betterave sucrière cuite à l'eau. Pour s'amuser, encore. Et surtout pour se régaler d'un produit gratuit, une pauvre betterave sucrière tombée d'un camion en route pour la sucrerie. Décorer un bento, voilà qui est plus fun que de terminer bêtement en sucre, non ? Ce qui ne coûte rien ou peu n'a pas pour autant aucune valeur, c'est que me chuchote la famille Ours.

     - Entre flan et betterave, des bâtonnets de pomme acidulée trempés dans du jus de citron. Parce que, franchement, Eve a bien fait de croquer la pomme. Le Paradis et le bonheur perpétuel doivent être d'un ennui mortel. Et le péché est si agréable ! La gourmandise, la paresse, etc (j'en passe et des meilleures !).

     - Le point d'orgue de ce bento : le merveilleux, le voluptueux, l'indispensable Maroilles, un amour de fromage. Une vie sans Maroilles vaut-elle la peine d'être vécue ?????

Bon, maintenant que l'analyse est terminée, je me demande si ce bento est réellement à mon image. Est-ce que tout ce que j'ai raconté là, je le pense vraiment ? Est-ce moi, est-ce ma réalité ou simplement l'image que je me fais de mon image ? Peut-être que tout cela n'est qu'illusions, hélas. Car, en fait, que sais-je sur moi-même ? Pas grand chose de certain, c'est sûr.

Pour tout dire, la seule chose dont, jadis, j'étais vraiment certaine à mon sujet, c'est que mon cerveau ne fonctionnait pas trop mal. Et puis, le jour de mes 40 ans, j'ai découvert l'étendue de ma stupidité. Vous ne pouvez pas imaginer le choc de me voir ainsi si bêtasse. Dix ans plus tard, je n'en sais guère plus, j'ai juste appris à me méfier de mes gouffres et à les éviter autant que possible.

Par exemple, si je croyais en Dieu, je suis sûre que je basculerais dans le fanatisme. J'irais mettre le feu à des cliniques pour empêcher les femmes d'avorter. Ou si j'étais sataniste, j'enfermerais des petits nenfants dans des cercueils. Quelles horreurs ! Pour l'humanité souffrante, il vaut mieux que je reste athée, n'est-ce pas ?

Bref, le reflet dans la glace m'a l'air d'être un beau mirage. Mouais, en y pensant bien, je crois que mon bento n'est pas digne de participer à ce concours, il ne doit pas être à mon image du tout. Enfin, à Dieu va...

Au terme de ce billet long et touffu, j'ai dû perdre tous les lecteurs qui passaient par là. Si jamais vous lisez quand même cette phrase, je vous en remercie et je vous décerne le premier prix de la patience et de la persévérance. Vous le valez bien ! Et merci à Cammie qui, après la psychanalyse des contes de fées, vient d'inventer la psychanalyse des bento.