Continuant ma découverte de Bruxelles en dehors des sentiers battus, j'étais à Uccle pour photographier un portail Art Nouveau quand je suis passée par hasard devant un cimetière, rue Dieweg.  A 17 h, il était déjà fermé mais la pancarte informative pour touristes m'a alléchée et je suis revenue le lendemain à 9h. J'aime flâner dans les cimetières, j'en ai vu beaucoup au fil du temps mais celui-ci est unique, vraiment le plus spectaculaire et extraordinaire que j'ai pu découvrir.

Le Cimetière du Dieweg

Uccle - Bruxelles

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En ce samedi de début août, la Grand Place de Bruxelles devait grouiller de touristes mais là, durant les 2h30 où j'ai parcouru toutes les allées du cimetière, une par une, je n'ai croisé que 5 visiteurs et encore, personne avant 10h30. Pourtant, le cimetière du Dieweg (prononcez Di-ou-ègue) vaut franchement le détour !

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Créé en 1866, il fut abandonné en 1958 et la Nature y a repris ses droits, seules les allées sont entretenues (enfin, qu'ils disent car, au bout du cimetière, les herbes folles poussent à leur guise ; il avait plu la veille au soir et je suis rentrée les pieds trempés...).

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Près du portail d'entrée, les tombes sont juste envahies de lierre, d'herbes sauvages et d'arbustes.

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Au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans le cimetière, les arbres s'épanouissent...

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... jusqu'à régner en maître au milieu des tombes.

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Certains rapprochent les cimetières du Dieweg et du Père-Lachaise. Pour ma part, je trouve qu'ils n'ont rien de commun. Au Père-Lachaise, la végétation cohabite avec les morts. Au Dieweg, la Nature a totalement phagocyté les tombes, dans un spectacle de désolation extrême.

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Au fil des allées, montait le sentiment prégnant d'être au milieu des ruines d'une civilisation perdue.

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Le monde d'hier est mort et celui d'aujourd'hui ne vaut guère mieux, pensais-je.

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A mon arrivée, le ciel était gris. Il s'est dégagé vers 10 h et l'atmosphère du cimetière sous le soleil m'a semblé encore plus lugubre.

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Au milieu de ce chaos, quelques tombes sont préservées. Des sépultures d'enfants réunies sur un coin d'herbe rasée formant comme une clairière dans ce bois touffu. La tombe d'Hergé aussi, une simple plaque de marbre, carrée et droite comme une case de BD. Juste des noms et des dates, pas une fleur, pas une plante. Une haute haie de thuyas taillés montent la garde sur trois côtés, isolant, telle une bulle, la tombe du foisonnement végétal ambiant. Franchement, à quoi bon avoir demander une inhumation dans un tel cimetière pour, au final, en être totalement coupé ? Je reste perplexe.

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 Le cimetière du Dieweg comporte de nombreuses tombes juives tout aussi envahies, la nature ne faisant pas de différences entre les religions. N'empêche, ça fait un peu bizarre de voir tous ces gens décédés dans les années 5600.

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Mine de rien, j'ai rencontré pas mal de vie dans ce cimetière : un chat, des escargots, des araignées et leurs toiles par dizaines. Au soleil, se prélassaient quelques mûriers florissants. J'ai décrété que les corps en dessous étaient décomposés depuis bien longtemps et j'ai donc choisi de déguster quelques mûres bien juteuses et sucrées, comme une communion païenne avec les morts.

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Un lieu qui prête pour le moins à la méditation :

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L'avantage des monuments funéraires élevés, c'est qu'ils résistent plus longtemps à l'invasion...

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... même si ce sont les arbres qui dominent aisément la situation :

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Dans cette végétation anarchique, les allées restent en bon ordre. Rectilignes et régulières, elles bordent les tombes bien rangées malgré leur allure plutôt dérangée.

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On l'oublierait presque en ce lieu mais les plantes meurent elles aussi :

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Toujours et encore, cette force de vie végétale qui maîtrise si facilement la pierre taillée par l'homme.

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Sous les feuilles, on distingue encore quelques volutes Art Nouveau :

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Les photographies de deux époux, sans doute, dont les noms ont disparu sous la coulée verte :

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Mais que valent les prières d'un ange sans mains à une seule aile ???

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Mécréante que je suis, je l'ai tout de même trouvé poignant ce Christ manchot :

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Encore et toujours ces croix fantômatiques dans le brouillard végétal :

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Et un second péristyle qui se voulait grandiose mais semble aujourd'hui d'un orgueil si pitoyable :

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Le mur de briques, sur le côté gauche du cimetière, a été ravalé et se borde d'une pelouse bien soignée. Au beau milieu, cette pancarte dorée :  "Pulvis es et in pulverem reverteris" :

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Alors là, je n'ai pu m'empêcher de sourire devant cet éclat d'humour belge. Surtout qu'ils n'ont pas vraiment tort : puisque nous sommes poussière et retournerons à cet état, à quoi bon entretenir les tombes des morts ? Autant qu'elles les suivent au plus vite dans leur décomposition !

La stèle suivant m'a particulièrement marquée avec cette photographie où l'on distingue, derrière les reflets, un jeune enfant sur son lit de mort, les mains jointes, faisant le pendant de cette petite statue d'un enfant étêté en prière.

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Un ange de pierre, bien conservé mais tout aussi impuissant :

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La seule et unique mosaïque que j'ai vue, il me fallait absolument en garder une trace car elle ne devrait guère résister plus longtemps :

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Ce lieu n'est que contrastes, beauté et quiétude l'habitent aussi :

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... même si la désolation y règne en maître...

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Jusqu'à présent, les calvaires des enclos paroissiaux bretons étaient les plus glauques à mes yeux. J'ai découvert dans le cimetière du Dieweg bien des croix encore pires.

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De ces 2h30 passées au milieu d'un passé révolu, c'est cette image que je garderai en souvenir :

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PS : Merci de ne pas me dénoncer au bourgmestre d'Uccle car je n'ai guère envie d'être convoquée devant le procureur du Roi. J'ai longuement hésité à l'entrée du cimetière devant le panonceau d'interdiction de photographier et puis j'ai décidé de braver la loi pour la bonne cause, je trouve, celle de confier à d'autres personnes la mémoire de ces disparus quasiment oubliés.