24 h par semaine (payées 20 h...), je travaille parmi des dizaines de petits êtres pas finis qui cultivent in vivo des virus en tous genres. Pour tenter d'endiguer le flot des infections, je me gave d'oranges (enfin, quand j'y pense) et autres aliments qu'on dit bons pour la santé. Ainsi donc, en découvrant du chou kale au rayons fruits et légumes de mon hyper, j'ai sauté vite fait sur l'animal le végétal !

Le Chou Kale

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Accusé, levez-vous !

Ce chou kale, dit-on, possède toutes les vertus d'un aliment quasi-magique. La preuve : il est hyper fashion à New-York et une Américaine installée en France il y a quelques années a prêché la bonne parole pour que son chou fétiche soit cultivé ici.

Enfin, c'est comme Disney qui a pillé les contes du Vieux Continent pour faire ses dessins animés, le chou kale n'a rien d'américain. Il s'agit de l'ancêtre du chou frisé, fort répandu au Moyen-Âge en Europe et encore consommé dans certaines contrées du Nord.

Certes, il est deux fois plus cher qu'un chou classique mais, très léger, il est volumineux et 3 à 4 feuilles suffisent par personne. Là, je vous l'ai photographié une fois amputé de la quantité nécessaire pour remplir deux belles assiettes.

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Afin de profiter au mieux de son importante teneur en vitamine C, il est recommandé de peu le cuire. Oui, je veux bien sauf que les côtes dures sous la dent, ce n'est pas terrible. Voici donc ma manière perso de procéder pour cette...

Fricassée de Chou Kale

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A l'aide d'un grand couteau, en coupant de chaque côté, j'ai séparé la côte de la feuille verte. Une fois ces côtes tranchées en petits tronçons, je les ai fait revenir à l'huile avec des carottes en bâtonnets, un oignon haché, une gousse d'ail écrasée et du gingembre râpé.

Puis, le couvercle mis et le feu baissé, ne reste plus qu'à attendre que le tout soit tendre. J'ai alors augmenté la chaleur et rajouté le vert des feuilles très finement ciselé pour mieux le digérer (ah, ah, ah!). Le chou kale n'étant pas trop aqueux, mieux vaut mouiller d'un peu de bouillon ou d'eau. Et hop, 2 ou 3 mn plus tard, l'assiettée de chou kale est prête à être servie ! Un léger goût de chou et une texture un peu comme de gigantesques feuilles de persil frisé qui seraient un peu plus épaisses. Rien de révolutionnaire en bouche mais c'est bon pour la santé.

En fait, j'ai goûté cette fricassée de chou kale le mercredi 5 février au soir (la vengeance est un plat qui se mange froid). Comme je n'aime pas utiliser le flash, j'ai attendu le soleil pour faire ces photos souvenirs avec le reste du plat et, immédiatement après, j'ai jeté le contenu de l'assiette à la poubelle puis balancé le chou par la fenêtre, hop, directement dans la pelouse où il me nargue encore, le sadique.

Regardez-le, photographié à nouveau trois semaines plus tard et toujours pas pourri, même pas touché par les limaces, c'est louche (le vert semble pâli, c'est juste une question de lumière, il n'a pas changé):

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Je sais, il ne faut pas gâcher la nourriture mais, après cette première expérience, il est hors de question que je remange du kale un jour (ni même une nuit). Il a failli avoir ma peau, je lui en veux à mort !

Pour remettre les choses dans leur contexte, je précise que j'ai un système digestif en béton et jusqu'alors, j'ignorais ce qu'était une douleur à l'estomac. J'ai bien une petite gastro de temps à autre, comme tout le monde, mais jamais rien d'handicapant. Il y a trois ans, on m'a enlevé un bout d'intestin pour des raisons mécaniques et bien, deux ou trois mois après, je digérais allègrement cassoulet et chili. C'est tout dire.

Comme vous pouvez commencer à vous en douter, la suite du billet est à déconseiller aux âmes sensibles. Désolée, c'est la journée de l'infâme dans la cuisine de quat'sous. Pas autant que mon ragoût de gastéropode mais quand même.

Ainsi donc, j'avais dîné de cette fricassée de chou kale accompagnée d'une orange. Pas de régime, j'avais juste été un peu trop gourmande à midi et j'allégeais le repas du soir. Je mange assez tard, je me couche et me réveille à 3 h avec des crampes d'estomac abominables. C'est simple, j'avais l'impression d'accoucher (celles qui ont jadis décidé comme moi de zapper la péridurale me comprendront). L'horreur totale !

Je somnole vaguement jusqu'au petit matin entre les crises de douleur avant de me lever en vitesse à 6 h : vomissements. Idem à 7h et rebelote à 8h30 en arrivant au travail (oui, l'emploi précaire donne droit à 3 jours de carence non payés en cas de maladie et je m'en vais donc travailler quoiqu'il en soit). Pas de diarrhée, non, juste l'estomac à la mort même après avoir été totalement vidangé.

Il y a plus étrange. Normalement, on vomit des aliments en partie digérés. Là, non, mon chou kale était exactement dans le même état après 12 h de séjour dans mon estomac. Si ce n'est pas affaire de sorcellerie... Incapable de rien avaler, pas même une tasse de thé, jusqu'au soir. J'ai mis trois jours à reprendre une alimentation normale, trois jours de crampes affreuses. Bref, je maudis le kale jusqu'à sa 108ème génération.

Ce n'était pas une gastro puisque seul l'estomac était concerné, aucun autre symptôme que les crampes et les vomissements pour purger mon pauvre ventre de cet aliment satanique. D'après une élève-infirmière de ma connaissance, ce pourrait être un empoisonnement dû à une bactérie. Sauf que ces bestioles vivent mal sur le végétal et que je lave convenablement mes légumes (et mes mains) avant de les préparer. Enfin, comme elle l'a ajouté, je ne suis pas une vache et il semble donc normal de ne pas digérer de telles feuilles. D'ailleurs, elle n'a pas voulu récupérer le reste de mon chou kale avant que je l'expulse avec rage de chez moi.

Le mystère reste entier... Toujours est-il qu'un jardinier marocain a jadis été accusé à tort, aujourd'hui c'est le tour d'un maraîcher breton.

Et vous, vous l'aimez le chou kale ?