"Le doux crépuscule d'un soir de juillet se glisse dans l'appartement. Les meubles et leurs ombres ne font plus qu'un, l'assise du sofa moelleux s'éclipse dans la pénombre. J'entends les pas de Johana sur le parquet de la cuisine. Elle émince du gingembre frais dans son thé. Puis elle mélange, ajoute quelque chose - peut-être du miel ? -, et mélange de nouveau. J'entends les tintements légers de la cuillère sur les bords fins de la tasse évasée. Je l'entends presque lever la tasse de la table, même si cela ne fait pas de bruit.
   Puis elle entre dans le salon et s'assied à côté de moi. Je sens ses cheveux et le thé vert additionné de gingembre et d'écorce d'orange séchée.
   - J'aurais pu t'en faire un, dit-elle d'une voix aussi douce que le crépuscule.
   - Non merci.
   Elle le goûte prudemment avec la cuillère. Il fume devant son visage."

La dernière pluie - Antti Tuomainen

Thé vert au gingembre frais et zeste d'orange

the-vert-gingembre-orange

Il m'arrive de faire du thé au gingembre maison bien requinquant avec des morceaux de racine bouillis quelques minutes avant d'y faire infuser un thé noir basique. Je n'avais jamais eu l'idée de râper directement le gingembre dans la tasse, c'est plus frais et plus subtil. A défaut d'écorce d'orange séchée, j'ai mis du zeste d'orange fraîche, son parfum fruité s'accorde joliment avec le thé vert au gingembre. Habituellement, je ne sucre pas le thé vert mais, là, avec ces saveurs un peu âcres, le miel n'a pas été de trop.

Puisque cette découverte est finlandaise, j'ai posé ma tasse de thé évasée sur la peau de l'ours avant de l'avoir vendue :

the-gingembre-orange

Blog culinaire oblige, je vous détaille un chouya la mise en oeuvre simplissime :

Préparez un thé vert (un sencha, ici) sucré au miel. Directement dans la tasse, râpez un peu de racine de gingembre et de zeste d'orange bio.

Ce thé possède un charme fou, tout comme le roman dont il est tiré. Je lisais, je crois, un polar finlandais pour la première fois. Wouah, beaucoup mieux que les scandinaves qui me déçoivent plus souvent qu'à leur tour !

D'ordinaire, je préfère lire des pavés bien épais qui détaillent l'histoire dans tous ses méandres et m'emmènent dans leur monde. Ce roman ne compte que 230 pages et c'est juste ce qu'il faut. Avec une rare économie de mots et de moyens, l'auteur arrive au même résultat, bluffant !

L'extrait en début de billet n'est pas représentatif du roman, il s'agit d'un souvenir du narrateur, un de ces moments de pure douceur qui émaillent le récit. En fait, La dernière pluie est un polar d'anticipation qui se déroule deux jours avant Noël, dans un Helsinski trempé et inondé par les pluies continuelles. L'Homme a réussi à pourrir totalement le climat, les réfugiés envahissent la Finlande et Johana a disparu.

Bon, je ne vous raconterai pas l'histoire. Aussi bien, la grâce du roman tient plutôt à son ambiance particulière. J'en parle mal mais j'ai adoré ! Bizarrement, cette atmosphère m'a rappelée celle du film Monsters qui se déroule pourtant dans la chaleur du Mexique, avec une zone envahie par des extraterrestres bizarroïdes, des espèces de pieuvres géantes qui déambulent sur la terre ferme. J'y ai ressenti la même poésie dans le chaos, la même tendresse du réalisateur, de l'auteur pour ses personnages principaux.

Bref, buvez et lisez, vous m'en direz des nouvelles...