Samedi matin, je suis allée prendre l'air de la campagne. Ici, même sans voiture, c'est facile, il suffit de prendre le bus, par exemple sur la route nationale qui relie Lille à Menin (Belgique) et de descendre au Fort de Bondues. Là, à moins d'un kilomètre, un arrêt s'impose à moi :

La Stèle de la Peste - Chapelle La Croix - Bondues

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Hélas, toutes les victimes de la peste en 1668-1669 ne reposent pas uniquement à Bondues. Elles ont dû être des centaines de milliers car il s'agit de la dernière grande épidémie de peste dans l'Europe du nord-ouest. D'ailleurs, à Reims aussi un monument le rappelle.

Si on regarde du bon côté, le lieu est paisible et laisse mal imaginer la désolation d'un charnier pesteux sur cette plaine du Nord :

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Les mots sont plus aptes, je trouve, à créer une image de ces affreux épisodes et les romans les rendent beaucoup parlants que les livres d'histoire. C'est d'ailleurs la littérature qui m'a ouvert les portes de ce passé.

Au bac français jadis, au siècle dernier, je suis tombée sur La Peste de Camus. Dans les affres de l'adolescence, ce roman a laissé son empreinte en moi. La peste, c'est la PEUR et il est toujours intéressant, voire étonnant, de découvrir comment un individu ou une société surmonte ou succombe à ses craintes. Je m'aperçois donc  aujourd'hui que j'ai lu pas mal de romans avec la peste en toile de fond.

Le meilleur, après Camus évidemment, c'est Le Songe de Scipion de Ian Pears. Le Cercle de la Croix était excellentissime, un roman génial où l'histoire racontée n'a aucune espèce d'importance, seul compte le talent de l'auteur pour manipuler et embrouiller son lecteur. Le Songe de Scipion est aussi la mise en parallèle de plusieurs récits mais dans des temps différents dont un se déroule durant la peste noire de 1348 en Avignon.

Très bon aussi, La Compagnie des Menteurs de Karen Maitland, un road-movie en charrette en Angleterre durant la même peste noire.

Encore en Angleterre, le passionnant et si humain 1666 de Géraldine Brooks s'inspire du village réel d'Eyam dans le Derbyshire où les habitants ont décidé de se mettre eux-même en quarantaine pour ne pas propager encore plus la maladie.

La Peste Blonde de Philippe Bouin et Le sang de Venise de Maud Tabachnik, je me rappelle les avoir lus, c'est tout. Ils ne devaient être ni nuls ni transcendants sinon mes souvenirs seraient plus précis.

Le thème de la peste n'est pas seulement traité dans des romans historiques. Ainsi, Pars vite et reviens tard de Fred Vargas se déroule de nos jours. C'est Fred Vargas, c'est fabuleux, rien à dire de plus.

Peut-être ai-je oublié d'autres romans sur ce thème, ma mémoire fatigue. Et vous, avez-vous d'autres titres en tête, d'autres romans de pestiférés qui vous ont marqué ?

Reprenant ma balade, voici un cliché de la bucolique campagne de Bondues, à quelques centaines de mètres, avec ses gigantesques saules pleureurs en bord de cours d'eau :

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A la même distance, un autre monument tout aussi poignant ne passe pas inaperçu. Il se dresse au bord de la route nationale à la mémoire de 68 victimes de la peste brune, fusillés là, au Fort de Bondues, entre le 17 mars 1943 et le 1er mai 1944.