"Les paysans poitevins possèdent une galette particulière, je crois, à leur contrée, et que l'on nomme flaneau. C'est surtout dans la campagne que ce mets est en honneur. Quand on chauffe le four pour la cuisson du pain et quand les enfants de la ferme ont été, durant la semaine, sages, la ménagère leur promet alors des flaneaux que l'on fera cuire en même temps que le pain.
   Je vais essayer de vous en donner la recette.
  Dans une pâte à beignets (farine, oeufs, lait et sel), pâte claire, on coupe de minces lamelles de pommes que l'on brasse avec. On met au four sur du papier huilé placé sur une tôle ; chaque flaneau sera grand à peu près comme une assiette.
   Je ne crois point ce gâteau connu à Paris, ni dans aucun autre département."

UN LECTEUR

Le lecteur en question n'aura, je pense, jamais lu de blog de sa vie. Par contre, il était lecteur des Annales Politiques et Littéraires. Cette revue française, fondée en 1883 et trépassée en 1970, avait en effet édité dans les années 20 ce recueil de recettes traditionnelles françaises dont celle racontée par ce cher lecteur.

Le Trésor Culinaire de la Vieille France
1922

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En fait, comme bien des livres anciens de cuisine, ce Trésor Culinaire reste muet sur sa date d'édition. Mais l'enquête est facile ! En effet, il contient moult bons de réductions dont certains valables dans des théâtres parisiens qui indiquent gentiment leur programmation pour, en l'occurence, 1922-1923. D'où j'en ai déduit que mon vieux grimoire datait de 1922. Logique, non ?

Pour en revenir à la recette de ce flaneau poitevin, si elle était alors inconnue à Paris et dans les autres départements et bien, ça ne s'est pas arrangé avec le temps. En 2016, même Google n'en a jamais entendu parlé. C'est tout dire...

Évidemment, cette recette était traditionnelle dans une France déjà jugée vieille en 1922. Alors, 94 ans plus tard, cette pauvre France d'antan est carrément décatie et le flaneau, tombé aux oubliettes. Comme quoi, la mémoire de papier est plus efficace que la numérique. Enfin, jusqu'à ce que La Cuisine de Quat'sous ressuscite aujourd'hui le rustique flaneau. Tiens, Google, avale !

Le Flaneau du Poitou

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Pour suivre les indications un peu vagues de la recette écrite, j'ai donc préparé une pâte à beignets claire avec farine, oeufs, lait et sel. Bon, je ne suis pas spécialiste des beignets mais un peu de beurre ne devrait pas nuire. Par contre, je suis restée fidèle au" pas de sucre du tout", un amas de pommes suffisant à apporter de la douceur.

Ma recette du flaneau du Poitou :

4 pommes - 125 g de farine - 2 oeufs - 50 g de beurre - 25 cl de lait (ou plus) - 1 pincée de sel

Pour la quantité de lait, elle dépend de la grosseur des oeufs et de l'humidité de la farine. Bien sûr, les becs sucrés rajouteront quelques cuillerées de sucre.

Faites un puits dans la farine. Cassez-y les oeufs que vous incorporerez progressivement. Ensuite, c'est le tour du beurre fondu puis du lait jusqu'à obtenir une pâte à beignet "claire". N'oubliez pas la pincée de sel.

Épluchez et épépinez les pommes. Coupées en 8 quartiers, débitez-les en lamelles minces. Mélangez délicatement avec la pâte à beignet :

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Plutôt qu'une tôle, j'ai utilisé un moule à tarte de 29 cm, recouvert tout de même d'un papier huilé :

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Les becs sucrés saupoudreront le flaneau de sucre, pas moi, avant d'enfourner à 200°C pour une vingtaine de minutes.

Servir tiède ou froid dans une assiette vintage :

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Le flaneau est tendre, pas sucré pour deux sous, riche en fruit. Une jolie recette rustique que je vous recommande.

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Pour être tout à fait franche, j'avoue que si Google ne m'a rien dit du tout sur ce flaneau, il m'a trouvé une autre recette traditionnelle du Poitou : la Grimole aux pommes. Ce gâteau cuit aussi dans un four à pain mais sur des feuilles de choux, pas de papier. D'autre part, la plupart des grimoles contiennent de la levure.

Alors, le flaneau serait-il l'ancêtre de la grimole ? Mystère, mystère...

En attendant, feuilletons ce Trésor Culinaire de la Vieille France avec ses 240 bons de réduction, appelés à l'époque "bons spéciaux qui confèrent des avantages" :

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En 1922, la SNCF n'avait pas encore centralisé tous les chemins de fer français. Avec les Voyages Duchemin, on en fait du ch'min !

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D'après mon cher Google, il y a encore aujourd'hui un grand magasin place de Clichy à Paris, un Castorama.

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Bien sûr, Paris se garde la part du lion dans les réclames mais d'autres commerces de province s'exposent aussi :

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N'oublions pas, très important, les nouveautés pour la cuisine :

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Et on buvait du thé de qualité en 1922 !

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Reste le regret de ne pas avoir connu cet étrange "appareil stéréoscopique" qui faisait les plus jolies photographies, en relief, s'il vous plaît ! Voilà qui aurait donné du chien à mon blog de quat'sous...

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       Ciorane