C'est le nom, fort bien inspiré, d'une exposition, fort inspirante, que vous pouvez découvrir à Lille jusqu'au 16 juillet 2017. (Note à moi-même : arrêter de parler des expos juste avant leur fin)

Alain Passard, Chef aux 3 étoiles, a donc disséminé dans tout le Palais des Beaux-Arts de Lille des oeuvres choisies, dans un jeu de piste plein de surprises. Au menu, de l'art ancien, de l'art contemporain et, tenez-vous bien, les oeuvres du Maître lui-même. Eh oui, ce chef n'exerce pas ses talents uniquement en cuisine !

Dans l'entrée du musée, sont ainsi suspendus ses grands homards en bronze. Mais c'est au sous-sol que se trouve mon oeuvre préférée d'Alain Passard :

La Danse des Chefs

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Un bronze irrésistible de drôlerie :

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A l'étage, en pleine lumière, s'affrontent ces énormes crabes totalement réalistes :

Combat de dormeurs

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 Le clou de l'expo, surtout pour une blogueuse culinaire, ce sont ces dizaines de collages d'Alain Passard, sur fonds blancs ou noirs, illustrant des noms de recettes de cuisine :

Pommes et endives rouges à la sauge, beurre salé

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Pour les amateurs, la librairie du musée propose le livre "Collages et recettes" regroupant 48 "assiettes potagères", sucrées ou salées, avec les recettes détaillées. Si vous avez les moyens : 29,50 €...

Sur un grand écran, trois autres collages réalisés à base de lamelles de légumes :

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A l'étage du musée, égarés parmi les véritables peintures, on déniche trois vidéos où le Chef est en action au coeur d'un tableau comme ici, sur la bouteille du Gobelet d'argent de Jean-Baptiste Siméon Chardin. Magique !

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 Cet OpenMuseum est l'occasion de mettre à l'honneur nombre de natures mortes du musée des Beaux-Arts mais des oeuvres extérieures sont aussi présentées, sur le thème de la cuisine, bien évidemment.

Ma préférée est sans conteste ce bataillon de cocottes minutes sifflant gaiement l'Internationale, hymne composé à Lille par le Belge Pierre Degeyter :

Les Marmites enragées
Pilar Albarracin

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Lorsqu'Alain Passard s'est arrêté de cuisiner le canard au sang, Arman s'est chargé de transformer sa presse à canard en cette sculpture au nom évocateur :

Sang de violon
Arman

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Juste derrière, Le petit pâtissier de Chaïm Soutine :

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Ma foi, j'ai mis du temps à apprécier Soutine. Je trouvais sa peinture trop "brouillonne", trop heurtée, trop éloignée de l'impressionnisme que j'aime d'amour. Et puis, à force de contempler ses toiles lors des expositions Modigliani au LAM et Chagall à La Piscine, j'ai fini par me sentir touchée devant la vigueur de ces couleurs tourmentées.

C'est fou comment des traits colorés qui semblent tracés au hasard peuvent créer un ensemble d'une telle force :

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Continuons la visite, totalement dans le désordre, avec ce banal cageot couvrant des ampoules rouges. Cette oeuvre évoque pour Alain Passard les légumes arrivant du jardin et leur cuisson au feu. Je reste dubitative devant cet "art" tout en goûtant le contraste avec les trois malheureux crucifiés sur fond rouge, un peu oubliés des visiteurs dans leur coin.

Petit feu
Pierre Ardouvin

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Nous remercierons monsieur le visiteur anonyme qui sert d'étalon à cette gigantesque cheminée russe de la toute fin 19ème siècle. Elle est à demeure à Lille mais est habillée pour l'occasion par l'enregistrement d'un feu de cheminée qui ronfle et crépite.

Le chant du feu
(Passard, Sena, Decelière)
et
La cheminée de la légende de Volga et Mikoula
(Mikhaïl Vroubel)

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Au rez-de-chaussée du musée, s'exposent les verres soufflés de Jean-Bernard Métais, vigneron de père en fils, Soif, Boire, Ivresse, etc. Enfermer définitivement un millésime de 1916 dans ce tube transparent, est-ce bien raisonnable ????

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Certaines oeuvres choisies par Alain Passard, pour intéressantes qu'elles soient, ont un lien assez ténu avec la cuisine comme cette ronde de bottes caoutchouc qui se soulèvent et claquent sur le parquet de bois :

Bruits de bottes
Delphine Reist

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N'oublions pas les extraits de deux films, Le Grand Restaurant et, surtout, le gourmand Festin de Babette.

L'amatrice de vieux grimoires que je suis garde une merveille pour la fin, toute une série de menus anciens de grands repas et banquets tel ce menu du 30 juillet 1901 illustré par Mucha :

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On découvre aussi des cartes de restaurants du temps jadis. J'ai choisi celle du Carlton de Lille, des années 1950-1960. Le restaurant n'existe plus de nos jours mais l'hôtel Carlton est connu de tous les Français. Si, si, souvenez-vous, celui qui a abrité les frasques d'un certain Strauss Kahn.

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Certes, ce billet arrive un peu tard pour ameuter les foules de visiteurs au palais des Beaux-Arts de Lille mais comme la majorité des lecteurs de ce blog sont loin de la région, partager ces oeuvres autour de la cuisine peut peut-être intéresser certains d'entre vous. N'est-ce pas ?

   Ciorane

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