J'avoue, j'ai collaboré...

pas-manger

Faut dire que je suis restée dans un box individuel plus de 10h, le nez sur cette affichette. Alors, j'ai obéi sans mot dire. Et sans maudire. J'avais trop peur de la punition suprême : l'ouverture de mon bidon à coups de scalpel.

D'ailleurs, mon obéissance a bien été récompensée : pas d'opération chirurgicale et, la nuit arrivant, j'ai eu droit à un vrai lit, rien à manger mais 2 bouteilles d'eau. Quel bonheur !

Bien sûr, pour m'apprendre les bonnes manières, ils m'avaient tout de même fait ingurgiter une potion abominable aux puissants effets purgatifs. Mais bon, j'ai pu rentrer chez moi le lendemain sur mes deux jambes avec juste une tonne d'interrogations dans la tête.

Et pourquoi cette mésaventure ? A cause de l'affreux, du méchant, du trop méconnu

phytobezoard

Certes, raconter ainsi la vie de mes entrailles peut sembler de l'exhibitionnisme gratuit et mal à propos sur un blog de cuisine. Sauf que le grand internet est fort peu disert sur le sujet du phytobézoard et, le plus important, sur le régime à suivre pour éviter qu'il ne revienne. En outre, les médecins que j'ai vus n'ont guère été plus bavards sur la question.

Alors, j'ai décidé d'en parler ici pour partager des expériences et des vécus qui pourront être utiles à d'autres malades. Soyons tous unis contre le phytobézoard !

1) Qu'est-ce que le phytobézoard ?

En termes simples, il s'agit d'un amas de matières végétales (= phyto) qui se crée dans l'intestin. Les fibres longues s'entremêlent et, au bout d'un certain temps, forme un bouchon pouvant aboutir, à plus ou moins terme, à une occlusion intestinale.

2) Qui doit craindre le phytobézoard ?

N'étant pas médecin, je ne parlerai que de mon cas : le vilain phytobézoard peut attaquer tous ceux qui ont subi une anastomose intestinale. En français dans le texte, tous ceux qui ont eu l'intestin recousu après en avoir enlevé un morceau.

C'est logique, la cicatrice forme alors un renflement sur la paroi lisse de l'intestin, les fibres végétales trop longues s'y accrochent et finissent par faire une boule qui deviendra bouchon.

Les opérés de l'intestin devraient tous connaître ce risque afin de pouvoir réagir à temps face aux premiers symptômes de l'occlusion intestinale. Notamment des crampes intestinales, des nausées qui vont et viennent sur plusieurs jours, le tout finissant en vomissements bilieux, consultez avant qu'il ne soit trop tard. 

Perso, je l'ignorais et je mettais mes douleurs sur le compte d'une banale gastro. J'avais bien tort et me voilà maintenant avertie.

3) Comment empêcher le retour du phytobézoard ?

C'est là que les infos fiables et précises pèchent par leur absence. Bien entendu, je pourrais enlever tous les végétaux de mon alimentation. Certes, je ne suis pas végétarienne mais je n'ai pas envie de devenir quasi exclusivement carnivore. Ce serait triste et pas indispensable, en réalité.

D'après le spécialiste de l'hôpital, il faut éviter la salade en quantité et boire suffisamment. Je plaide coupable : ayant des gènes lapinou, je dévorais la salade verte par saladiers entiers. Mais j'ai toujours bu au moins 1,5l par jour.

Pour le généraliste, il faut en plus se priver d'épinard, de poireau, de haricots verts et haricots beurre. Bien mâcher aussi. Il m'a aussi prescrit un laxatif à base de paraffine à prendre en préventif en petite dose mais au long cours. Désolée, je n'ai pas envie d'empoisonner jour après jour mes intestins avec ce truc surtout que je n'ai aucun problème de transit même en mangeant maintenant beaucoup moins de végétaux qu'auparavant.

Quant au grand internet, il n'est pas d'un grand secours sur le sujet du phytobézoard. Le kaki est mauvais, c'est sûr, sauf que j'ai dû en manger une ou deux fois dans ma vie. Les peaux de tomate aussi, enfin peut-être... Là, j'avoue abuser : comme je ne suis pas très fruits, je mange des tomates à foison durant six mois de l'année.

Je résume ces informations, plus ou moins crédibles :

Pour éviter le phytobézoard, il faudrait (et cela reste un conditionnel, hélas)

  1. Bien mâcher et boire suffisamment.
  2. Eviter la salade, les épinards, le poireau, les haricots verts et haricots beurre, les peaux de tomates, le kaki.

Cette liste n'est pas exhaustive et loin d'être certaine à mes yeux. Alors, si vous avez plus d'infos fiables, je suis preneuse.

Comment éviter le phytobézoard sans se priver d'aliments inutilement ?

Merci d'avance pour vos conseils et vos témoignages !

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Après les choses sérieuses, passons à la suite, plus facile à digérer :

Si j'ai eu envie de faire ce billet sur le phytobézoard, c'est aussi pour deux autres raisons. Tout d'abord, je trouve ce mot trop rigolo. "Coucou, c'est moi l'ami Bézoard, Phyto de son prénom !" Amusant, non ?

Ceci étant, il a un cousin assez chelou, pas drôle du tout, le trichobézoard, s'invitant chez ceux qui mangent leurs cheveux par poignées. Beurk, je les plains, les pauvres.

La dernière raison pour parler du phytobézoard, c'est qu'il me rappelle le poème Conversation de Jean Tardieu que bien des élèves ont appris à l'école :

Et votre âme?
- Elle est malade
Le printemps était trop vert
Elle a mangé trop de salade.

La voix du poète montre toujours la voie. Écoutons-la donc :  la salade est mauvaise pour l'âme mais aussi pour le corps !

    Ciorane

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