Le Tableau Miam du jour est une grosse arnaque : rien à manger, l'assiette est vide et, en plus, ce n'est même pas un tableau, juste une photographie.

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Photographie de Dorothea Lange
(6 mars 1936)

Pour ma défense, j'ai photographié cette photo dans un musée, le Palais des Beaux-Arts de Lille. Puis la photographe américaine, Dorothea Lange, a été inspirée par l'oeuvre d'un peintre, Jean-François Millet. Enfin, une assiette vide, mine de rien, ça nous parle encore de manger.

Du 13 octobre 2017 au 22 janvier 2018, le Palais des Beaux-Arts de Lille organise une rétrospective de Jean-François Millet. En parallèle, une autre exposition, Millet USA, présentera l'influence de Millet en Amérique auprès de peintres (dont Edward Hopper), de cinéastes et de photographes.

Perso, je n'ai jamais fort apprécié Millet, il verse trop dans le sentimentalisme à mes yeux avec ses paysans, grands travailleurs, bons chrétiens. Faut vous dire que j'ai découvert la condition paysanne du 19ème siècle en lisant La Terre de Zola, l'été de mes 15 ans. J'aurais sans doute pas dû.

Dans le peu de souvenirs que j'en ai gardés, tous affreux, il y a ce paysan violant à répétition sa toute jeune belle-soeur, laquelle finira mal. Atroce. Aussi, un autre épisode qui évoque la chanson de Brel "Ces gens-là" :

Et puis y a la toute vieille
Qu´en finit pas d´vibrer
Et qu´on attend qu´elle crève
Vu qu´c´est elle qu´a l´oseille
Et qu´on n´écoute même pas
C´que ses pauvres mains racontent

Sauf que dans La Terre de Zola, c'est un tout vieux grabataire qu'a l'oseille et ils n'attendent même pas qu'il crève tout seul. Atroce.

Je me doute que la réalité paysanne du 19ème siècle se trouve entre Zola et Millet, qu'ils ont décrit les deux extrêmes. Mais bon, vous comprendrez pourquoi Millet me semble un peu trop angélique. Enfin, j'irai tout de même visiter prochainement l'exposition J.M. Millet, Rétrospective pour me faire une nouvelle opinion de ce peintre sans oublier Millet USA.

Ces deux expos débutent ce vendredi 13 mais les photographies américaines étaient déjà visibles samedi dernier. Bien entendu, en bonne blogueuse culinaire mono-maniaque, j'ai décidé de photographier celles qui évoquaient la nourriture : une assiette donc, ci-dessus, et la mère qui allaite, ci après.

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 Ces photographies n'étaient accompagnées d'aucune explication, juste le nom de la photographe Dorothea Lange, 1895-1965. Avec ces dates, le thème et le pays, je me doutais qu'il s'agissait de témoignages de la Grande Dépression aux  USA.

En rentrant chez moi, après quelques recherches, il s'avère que j'avais choisi la série de photos la plus célèbre de Dorothea Lange.

Après le krach de 1929 et des années de sécheresse, des hordes de chômeurs erraient de ville en ville, de ferme en ferme, à la recherche d'un petit boulot. On les appelait les migrants. Eh oui, déjà...

Mandatée par un organisme gouvernemental, Dorothea Lange fut chargée, avec d'autres, d'illustrer la misère de cette Amérique rurale écrasée par la crise. En ce soir du 6 mars 1936, elle prit ainsi 6 clichées d'une femme entourée de ses enfants, dans un abri de fortune au bord de la route. L'une de ces six photos passera à la postérité sous le nom de Migrant Mother - Mère Migrante - devenant une représentation iconique de la Grande Dépression. 

Actuellement, c'est la Semaine du Goût, en France. L'autre matin, une journaliste terminait son reportage sur le sujet par ces mots : "Surtout, n'oublions pas que manger est avant tout un plaisir".

Non, manger est avant tout un besoin. C'est seulement quand ce besoin est satisfait qu'il peut devenir plaisir. Alors, rendons grâce à notre bonne fortune de pouvoir emplir notre assiette. Et prenons-en plaisir, après.

     Ciorane

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