Rouleaux d'apéro
Repas de Noël pas cher - Episode 9
Rouleaux d'apéro ou roulades pour panade (financière), peu importe l'intitulé, il s'agit aujourd'hui de cuisine à 0,5 sous. Vous voilà prévenus : si votre budget pour le réveillon de Noël dépasse les 5 € par personne, ne perdez pas votre temps à lire le reste de ce billet. Il est des choses qu'il vaut mieux continuer à ignorer...
Mes roulades à quat'sous divisés par huit :
Le point de départ de cette recette est un pain platine moulé distribué par l'aide alimentaire. Je ne sais pas si cette dénomination existe dans d'autres régions, ça a la forme d'un pain de mie mais c'est un pain blanc, mou comme de la chique, à la mie caoutchouteuse et quasi-aqueuse. Quand on le passe au grille-pain, il dessèche avant que de griller. Bref, une ineptie gustative.
Ma mère et vous-mêmes me rétorquerez de conserve (hélas, une expression d'origine aussi peu alimentaire que le platine...) que je suis plus difficile que je ne suis belle. Certes, mais être difficile, comme être paresseux d'ailleurs, fait marcher le cerveau et développe l'imagination, na !
Et comme il n'y a pas que dans les jeux vidéo qu'on peut relever des défis, j'ai décidé de n'utiliser pour cette recette que des produits venant de l'aide alimentaire. Sauf persil et herbes qui poussent au jardin (mais le rayon discount de mon hyper en propose à quat'dizaines de centimes le flacon) et les piments (à 0,79€ le bocal de 250g poids net égoutté, un an d'arrachage de papilles pour le moins).
Me voilà donc partie à prendre les tranches de pain une à une et, à l'aide d'un couteau denté, à enlever la croûte avec moult précautions pour ne pas tout déchirer (croûte qui deviendra chapelure, cela va sans dire). Je les ai ensuite écrasées au rouleau à pâtisserie comme de la pâte à modeler (même consistance..).
Puis préparation des tartinades. Pour la plupart, j'ai utilisé une base de fromage à tartiner genre Vache qui rit. Je dis genre parce que les portions distribuées en vrac n'avaient pas d'étiquette, pas de date limite de consommation. Je me souviens, il y a quelques années, d'un type interviewé à la TV qui disait que le plus dur quand on bénéficie de l'aide alimentaire, c'est qu'on ne choisit pas ce que l'on mange. Parfois, on ne sait même pas ce que l'on mange.
Fromage à tartiner + sardines à l'huile égouttées et écrasées + piments rouges ciselés
Fromage à tartiner + edam de La Vie de Château en mini-dés + persil + poivre
Fromage à tartiner + concentré de tomate + thym, romarin, marjolaine, poivre
Pâté de foies de volaille en pot plastique.
J'ai ensuite roulé, bien serrée, chaque tranche tartinée, coupé en deux le rouleau et planté un cure-dent. Passage au four quelques minutes jusqu'à ce que le fromage fonde. Evidemment le pseudo-pain n'a pas grillé, il est resté blanc mais croustillant tout de même.
Verdict : Au vu des ingrédients de départ, ce ne fut pas Arcole, mais ce ne fut pas Waterloo non plus, dirais-je pour (mal) plagier Brel. Le contraste du pain croustillant avec le fondant de la garniture était bien plaisant. Le fromage avait enfin du goût, les sardines, du caractère. Mais le plus épatant, c'est cette horreur de pâté de foie. Chaud, il devient mangeable. Incroyable ! Bon, je n'en mangerais pas des kilos mais tout de même, c'est un exploit.
J'ai toujours eu une tendresse particulière pour le concept de transcendance (pffff, c'est bien une nana, ça, avoir de la tendresse pour un concept !) et je suis ravie de l'avoir matérialisé ainsi dans une recette. Il faut savoir goûter les petits plaisirs de la vie, non ?
