Comment tu lis ?
C'est la question, un peu indiscrète, que m'a posée Aurelvelvet de Relibou Kitchen. Je vais donc tenter de raconter mon histoire d'amour avec les livres.
Dès que j'ai appris à déchiffrer les mots en CP, j'ai adoré. Je me souviens qu'à Noël, j'avais déjà terminé le livre de lecture, impatiente de connaître toutes les aventures de ces deux petits enfants. Chaque premier week-end de septembre, lors de la Braderie de Lille, nous revenions à la maison avec de grands sacs de vêtements pour habiller les quatre enfants et des cartons emplis de bouquins, mon trésor pour une année entière. La Bibliothèque Rose et Verte avec Fantômette et le Club des cinq, mes préférés. Plus tard, j'ai dévoré les romans des bibliothèques du collège et des lycées.
Ensuite, un grand vide de plusieurs années. Mariage, enfants en bas-âge, je ne lisais plus du tout. Puis, heureusement pour mon cerveau en friche, le petit mari fut remplacé par P.D. James, dont je me mis à chiner les livres sur les brocantes. Elle me rappelait les Agatha Christie et les Patricia Highsmith de mon adolescence, en plus moderne (enfin, à l'époque car maintenant, comme moi, elle a bien vieilli) et m'a remis le pied à l'étrier de la lecture (désolée pour la métaphore bancale, je suis lectrice et non écrivain).
Pendant quelques temps, je fus bénévole dans une bibliothèque associative de quartier. La première fois de ma vie où je lisais des romans neufs, tout juste sortis de leur librairie. Des pages d'un blanc éclatant, des couvertures au carton raide, ça me faisait vraiment bizarre. Mais l'épisode n'a pas duré.
Maintenant, je lis dans deux bibliothèques municipales. Je me balade dans les rayons et choisis les titres un peu au hasard. Il y a tout de même les auteurs dont je lis tout, les éditeurs chéris (Le Masque, Le Seuil Policier, Actes Noirs...) et un petit faible pour les couvertures noires. Mais jamais je ne réserve un livre, je prends ce qui est là. J'aime aller où la vie me mène.
Vous l'aurez compris, je lis surtout des polars et des thrillers. Parce que, traitant de la mort ou tout au moins d'un danger mortel, ils évitent normalement les deux écueils que je ne supporte pas dans un roman : les bons sentiments et le nombrilisme torturé (j'y sombre suffisamment comme cela sans avoir besoin d'une aide extérieure...).
Les romans gentillets et faciles qui ne pâtissent pas d'une lecture hachée, je les garde pour les salles d'attente, les arrêts de bus et les journées trop occupées. Les autres, j'aime les savourer comme un bon repas, avec du temps devant soi. Je m'installe confortablement sur le canapé, une théière sur la table basse et je pars en voyage dans un monde imaginaire fait pour oublier, ou au contraire mieux comprendre le monde réel.
L'histoire racontée n'est pour moi qu'un détail. Chaque écrivain, chaque roman propose ses découvertes. Parfois un pays, une région (les Everglades sans moustiques et sans chaleur moite, c'est génial !), un mode de vie, de pensée. Des personnages sympathiques, insolites ou abominablement horribles. Ou alors une intrigue construite au cordeau, une composition intellectuelle admirable de complexité. A moins que ce ne soit un style d'écriture agréable. Quand j'ouvre un livre, je tente d'y trouver un intérêt et même la nullité est intéressante, en fait, puisqu'elle permet de savourer encore mieux le roman suivant. C'est tout l'avantage de lire avec boulimie, un livre raté n'est alors guère une perte de temps. Je ne peux me passer de lire. Ne pas ouvrir un bouquin pendant trois ou quatre jours m'est aussi difficile que de rester enfermée chez moi pendant plus de 24 h.
Dans ma tête, un livre chasse l'autre et, peut-être parce que je lis trop ou mal, j'ai la mémoire qui flanche et j'oublie très vite les histoires. Tous ces romans, c'est comme si je ne les avais pas lus, je ne m'en souviens plus pour la plupart. Lire, c'est comme manger, c'est pour moi un plaisir conjugué au présent. Mais ça me gêne parfois.
Alors, pour tenter d'en garder une trace, j'ai ouvert un blog avec mes impressions de lectrice : La cuisine des mots ribonds. Un nom prémonitoire pour un blog continuellement au stade de l'agonie depuis deux ans. Vous avez de la chance, je l'ai justement sorti de son hibernation à la mi-février. Mais j'y ai déjà quatre billets en retard...
Je n'aime pas lire au lit mais j'ai tout de même des livres de chevet pour quelques pages, parfois, avant de dormir. Cioran (à qui je dois mon pseudo et que j'ai acheté neuf il y a trente ans) avec Syllogismes de l'amertume, Précis de décomposition, etc. Et puis Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien de Jankélévitch, c'est de la philosophie, je n'y comprends pas tout mais ça me fascine cette histoire de goutte d'eau qui fait déborder le vase, cette pincée d'épices qui change l'architecture gustative d'un plat, cette chose ineffable qui fait qu'on aime un livre.
A mon tour, je transmets ce tag à :
Nathalie de Les petits plats de Nathalie
Lascoot de Une pincée de thé
Lune de Les Fantaisies de Lune
Bien sûr, vous n'êtes pas obligées d'être aussi bavarde que moi, ni même de répondre à la question "Dis, comment tu lis ?"