Le Toetjespap de Sandrine
Sandrine est belge, le Toetjespap fait partie de son héritage familial et cela lui ferait plaisir que cette recette existe en français sur le net. Je lui fais donc une petite place dans La Cuisine de Quat'Sous pour qu'elle puisse vous la raconter :
"Mes (arrière-)grands-parents étaient des flamands pauvres : ouvriers agricoles / bonne ou jardiner en service/ familles (très) nombreuses.
Je pense que même le pain était trop cher parfois.
Alors nous avons hérité d’une recette, encore très populaire dans les Flandres, le “toetjespap” – prononcer “teu – tcheu – ss – pap”
J’ai retrouvé l’origine du nom, c’est “patatjes pap” au départ, ce qui signifie “bouillie de patates”
Ingrédients:
Pommes de terre cuites à l’eau
Lait battu / lait ribot / babeurre - Ce qui reste quand on a transformé la crème en beurre.
(C’était le reste sans valeur après la fabrication du précieux beurre. On le donnait aux cochons ou aux veaux)
Puis au choix des ingrédients plus précieux : poivre – muscade – beurre – oignons rissolés – “guermiche” (miettes de viande provenant de la fonte du saindoux ?)
Préparation :
Bein c’est juste une purée, au lait battu tiède.
Mais le lait battu ayant un goût acidulé, ça n’a pas du tout le goût de la purée.
Le plus dur c’est de trouver le lait battu, j’ai essayé celui qu’on trouve en supermarché, c’est berk.
Il faut l’acheter chez un fermier qui fait lui-même son beurre, au marché par ex. C’est environ 1€/L, c'est un produit frais qui ne conserve pas.
Après moi j’aime boire le lait battu tout froid, à rien.
Quant aux guermiches, je me rappelle bien le goût. Mais où trouver ça aujourd’hui ? Dans la viande pour chien ?
Mon mari (lui c’est 100% wallon) a été élevé à la soupe de lait battu, c’est du lait battu épaissi à la farine, servi chaud avec de la cassonade. C’est déjà un plat pour des personnes moins pauvres…
Pour trouver cette recette dans un vieux grimoire, il va falloir faire les brocantes en Flandre. Et encore, c’est une recette pour des gens tellement pauvres, qu’ils n’auraient pas acheté un livre de cuisine, si même ils savaient lire, alors à quoi bon l’écrire ?"
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Perso, je suis française, née à Lille, mais mon père est belge, du côté wallon. Mon nom de jeune fille commençant par un Van... bien flamand, je dois donc avoir des ancêtres, quelque part, qui se sont nourris de ce toetjespap et c'est tout naturellement que j'ai eu envie de tester la recette.
Hélas, les temps ont changé. Pour trouver le vrai babeurre fermier dont parle Sandrine, il me faudrait une voiture pour aller le chercher à la campagne. Tant pis, mes conditions de quat'sous m'obligent à me rabattre sur un ersatz de lait battu, ce lait fermenté vendu partout sur l'agglomération lilloise car utilisé à foison dans la cuisine maghrébine.
Désolée, Sandrine, je n'ai donc pu goûter qu'un pseudo-toetjespap. Je me suis tout de même régalée de cette purée toute légère avec sa saveur doucement acidulée.
Mon toetjespap de quat'sous au lait fermenté
Pour la préparation, quelques détails sur ma manière de faire :
Les pommes de terre sont cuites à l'eau puis égouttées et remises dans la casserole sur feu doux. Pas besoin de sortir le presse-purée, il suffit de les mélanger vigoureusement à la cuillère en bois en incorporant le babeurre - lait battu - lait fermenté (barrez les mentions inutiles selon vos possibilités d'approvisionnement). Beaucoup de poivre et un oignon émincé puis doré au beurre qui soulignera la saveur délicieusement rustique du toetjespap.
Merci Sandrine pour cette découverte qui fait aussi merveille dans un parmentier avec une viande un peu grasse !
