C'est par hasard que j'ai découvert dimanche dernier cette fabuleuse exposition au Colysée de Lambersart, dans la banlieue lilloise. J'en suis ressortie totalement séduite et ravie. Franchement, si vous êtes du côté de Lille cette semaine, courrez-y vite, cette féerie gratuite se termine le 28 février 2016.

Mettre en scène des squelettes semble à priori morbide, certes. Pourtant, la compagnie Cendres la Rouge réussit le tour de force de créer avec ces vieux os un univers totalement vivant, poétique et déjanté, drôle et émouvant. Un monde merveilleux, unique et onirique qui plaît aux petits comme aux grands. Ce dimanche après-midi, la foule était assez nombreuse, plutôt familiale et tous étaient enchantés, dans tous les sens du terme.

En plus, toute une histoire abracadabrante entoure ces squelettes-automates. En effet, ils ont été découverts, accompagnés d'un tas de manuscrits savants, dans une cave du village PdeC-ien (Pas-de-Calaisien, quoi  !) de Barlin en 1999. L'oeuvre oubliée du professeur Amédée Troublé, zoologue et naturaliste incompris de ses pairs au 19ème siècle !

Une équipe de chercheurs tout aussi foldingues, les troublologues, a réussi à remettre de l'ordre dans tout ce fatras et nous le présente aujourd'hui : 

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Ces bricolages à base d'os, de fils de pêche, vieux bois, etc sont aussi ingénieux que délirants. Et ce sont les visiteurs eux-mêmes qui les mettent en route.

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Voilà mon préféré, un chat qui tourne la rondelle de bois devant lui, s'approche de l'oiseau qui s'envole aussitôt :

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Terriblement vivants, ces squelettes !

En plus des automates, on peut admirer de belles planches :

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Les squelettes sont bien entendu complété de fiches naturalistes des plus étranges. Par exemple, celle du Chat-Pard d'Egypte (la bestiole en haut, au centre de la planche) indique que cet animal "est peu sociable et plutôt angoraphobe. [...] se reproduit à la mi-août, peut vivre jusqu'à trente-trois ans, en se nourrissant de rongeurs et, si nécessaire, de végétaux. Le chat-pard est couvert d'un fin pelage gris clair, mi-long et hirsute. A la fin de sa vie, lorsqu'il se fait chat pelé, son corps se réduit comme peau de chat gris."

Le plus fameux reste l'Homo patiens amedeus, dit "Le Vieux" :

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Debout puis assis, pensif, avec la même force d'émotions qu'un Penseur de Rodin.

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Extrait de sa fiche : "décrié rassis ne crie plus    trop joué les troublions    couleur aigre-triste dégarni pelage rare    homme des tavernes    n'attend plus pour en découdre  ah mes dés méditatif il maugrumêle marmotte seul et bougonne son mythe décisif

Amas d'os troublé, l'homme du Néant détale... "

Blogueuse culinaire, j'ai bien sûr gardé le souvenir de ces recettes d'antan collées par le professeur Troublé sur la planche anatomique de poissons-poulpes :

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Les troublologues ont aussi exposé nombre d'objets personnels du professeur Troublé comme ces assiettes anciennes :

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Des portraits de famille ainsi que ces tenues qui ne dépareraient chez la famille Addams :

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Après la collection particulière du professeur Troublé, la visite se poursuit dans des salles de plus en plus sombres. Un ensemble de crustacés qui s'agitent et battent la mesure à côté d'un salon au sofa défoncé puis cet "orgue" où chaque touche fait s'ouvrir la gueule d'un animal :

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La lumière se fait de plus en plus diffuse et mon appareil photo de moins en moins efficace. A gauche, dans une armoire ouverte, un squelette rejoue le mythe de Sisyphe avec un réveil en guise de rocher.

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Au centre, la chorale de squelettes-chanteurs est très drôle ! Tout comme les deux vieux caquetant qu'on croirait sorti du cimetière du Muppet Show. N'oublions pas le dragon sortant déjà squelette de son oeuf, bougeant comiquement sa tête.

Dans la dernière salle, presque dans le noir, s'ouvre le monde poétique de la Zoétie. Là, sont amassés un tas de vieilleries, armoires délabrées, valises vétustes, gros postes de radio antiques.

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Le visiteur déambule, intrigué, parmi ce fouillis d'objets décrépits. Attiré par quelque lueur, il ouvre une porte brinquebalante, soulève un couvercle et découvre ces minuscules "zoêtres" animés qui "vivent dans tous lieux désertés par les hommes, se créent un nid de fortune, vont où bon leur semble", tels ces petits bonshommes dansants dans la poussière :

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 Cette exposition est l'une des plus jolies que j'ai pu voir. Réellement originale et décalée, elle débute dans l'humour et se termine dans une atmosphère onirique.

Hélas, mes photos rendent mal l'ambiance particulière et poétique créée par ces artistes de talent. Alors, j'espère que vous pourrez la voir de vos propres yeux au Colysée de Lambersart, jusqu'au 28 février
     du mercredi au samedi de 13h à 18h
     le dimanche de 13h à 19h

       Ciorane