En 1914, Bailleul était une jolie petite ville flamande avec un musée suffisamment reconnu pour être surnommé le "Petit Cluny du Nord". Hélas, malgré la proximité du front, personne ne s'inquiéta de mettre à l'abri ses trésors avant février 1918. Trop tard.

Seulement 20% des oeuvres ont pu être évacuées avant le déluge de feu, en mars et avril 1918.  Allemands comme Alliés ont lancé leurs bombes, Bailleul fut détruite à 98%.

La ville fut reconstruite, la vie reprit son cours et le musée Benoît De–Puydt réouvrit. Dans les années 1990, furent découverts d'anciens carnets où Édouard Swynghedauw, conservateur jusqu’en 1912, avait consigné les descriptions détaillées de tous les tableaux du musée. L'occasion de créer un mur de "tableaux fantômes" : des cartels de la taille de quelques-unes des toiles disparues où sont inscrits les mots d'Édouard Swynghedauw. [Pour plus de détails, allez voir ]

C'est l'un de ces tableaux fantômes que j'ai choisi comme tableau miam de la semaine :

Nature morte
Léon Marotte

Panneau elliptique, h. 560 mm, l. 433 mm, Cadre de bois, elliptique avec noeud, ornements de mastic doré, n° 3029

"Un bol de porcelaine blanche contenant des feuilles et des fruits divers : pêche, poire, prunes, cerises, groseilles, etc. est placé sur une table de bois fort lourde. D'autres fruits sont épars sur cette table parmi des feuilles et des rameaux de groseilliers chargés de grappes. On y voit encore une coupe de cristal, un vase brun de forme rustique et une statuette de femme nue à moitié cachée par le vase. A droite les fruits sont une poire, une pêche et une prune bleue ; en avant des cerises et de noisettes puis, à gauche, un abricot et une reine-claude. Près de celle-ci un insecte se dirige vers le manche noir d'un couteau disposé en diagonale et dont la lame toute entière déborde de la table. Une mouche est visible sur la pêche contenue dans le bol. Signé en rouge sur l'épaisseur de la table Léon Marotte 1852."     Edouard Swynghedauw

L'histoire de ce tableau miam fantôme ne s'arrête pas là. En effet, en 2014, Luc Hossepied, gérant de La Plus petite galerie du monde (ou presque) à Roubaix, a eu une idée géniale : demander à des artistes peintres régionaux de ressusciter ces tableaux fantômes. Chacun a choisi une description, l'a interprétée selon sa sensibilité et a transformé ces mots en peinture avec pour seule obligation de respecter la taille de la toile.

Au fur et à mesure de leur création, ces tableaux ont fait l'objet de mini-expositions, notamment au Musée des Beaux-Arts de Tourcoing en 2017. C'est ainsi que j'ai pu photographier ces deux tableaux fantômes de la Nature Morte de Léon Marotte disparue en 1918 :

AURÉLIE DAMON

nature-morte-Marotte

Et mon tableau miam fantôme préféré :

PATRICE DEREGNAUCOURT

nature-morte-Marotte-1

Le rendu des fruits est superbement exécuté :

nature-morte-Marotte-3

Mais surtout, j'adore le détail anachronique du Carambar :

nature-morte-Marotte-2

 Le Carambar a été créé en 1954, 102 ans après la Nature Morte de Léon Marotte. C'était dans l'usine Delespaul de Marcq en Baroeul, en banlieue lilloise.

Cette petite barre jaune et rouge fait donc un lien parfait, je trouve, entre le tableau du 19ème siècle, sa disparition au 20ème et sa résurrection au 21ème. Comme un bâton de témoin, futile mais parlant, passé entre ces deux peintres.

A mon tour de prendre ce Carambar et de le cuisiner, puisque nous sommes sur un blog culinaire :

 Crème aux carambars crousti-fondante

Source: Externe

Ch'ti muffins Carambar et chicorée

Source: Externe

Cookies carambar et chocolat

Source: Externe

EDIT - J'oubliais : l'ensemble des tableaux fantômes disparus en 1918 et ressuscités au 21ème siècle sera exposé au musée de La Piscine à Roubaix en novembre 2018.

J'en profite pour indiquer que La Piscine sera fermée en avril pour 6 mois de travaux d'agrandissement, fermeture précédée d'un week-end festif samedi 31 mars & dimanche 1er avril 2018.

Ciorane